Taiwan KOM – L’une des expériences les plus incroyables que nous ayons vécues à vélo

Une des expériences les plus incroyables qu’il nous ait été donner de vivre sur un vélo.

C’est en 2016 que nous avons entendu parlé du Taiwan KOM Challenge pour la première fois. La course existe depuis 2012 et sa réputation aura mis seulement 4 ans pour traverser la planète jusqu’à nous.
Chaque année plus médiatique et attirant plus de participants, la victoire de Vincenzo Nibali en octobre 2017 a fortement contribué à sa popularité.
 
Rejoindre Hualien, lieu de départ du Taiwan KOM demande quasiment 17 hrs de voyage et 6:00 de décalage horaire. 13 hrs de vol entre Paris et Taipei, puis 3:30 hrs en voiture. Sur place nous avons reconnu l’ascension, afin de nous habituer à l’altitude.

0-3275 m d’alt.
Des bords du Pacifique jusqu’au col de Wuling.

Le Taiwan King Of Mountains Challenge relit en 105 km les bords de l’Océan Pacifique au col de Wuling à 3275 m d’alt (Mt. Hehuanshan). La fenêtre horaire est au maximum 6:30 hrs pour franchir la ligne d’arrivée.

La possibilité de participer à l’une des courses de vélo les plus difficiles au monde est une source de motivation en soit, ajoutons à cela de rouler avec plus de 800 coureurs venant du monde entier dont quelques pros, il n’en fallait pas plus. 

« Le soutien des locaux pendant la reconnaissance était incroyable ».

 
Même si le vélo sous toutes ses approches fait parti de notre quotidien, la préparation de voyages à vélo ne nous permet pas forcément d’être toujours sur notre machine. Tout au long de la saison nous passons beaucoup de temps en déplacement, parcourant en voiture des milliers de kilomètres en France et en Europe pour encadrer ou reconnaître les séjours à vélo que nous proposons.
Tout cela pour dire, que notre préparation en montagne était loin d’être suffisante, mais qu’importe, nous sommes jeunes et aimons les défis.

J-1

La veille du départ les coureurs sont invités à retirer leur dossard au Hualien Parkview Hôtel, nous croisons quelques gars rencontrés quelques jours plus tôt sur la route. La presse locale et étrangère est là interviewant les personnalités, on a l’opportunité de parler avec quelques pro. Nous sommes surpris de croiser autant d’occidentaux, ici, dans ce petit pays, au bout du monde.

Taiwan KOM a la particularité de permettre aux amateurs de courir avec des pros ou Neo pros. Cette année : Laurens Ten Dam(Sunweb), Feng Chun-Kai (Bahrain-Merida), Damien Monier (ex-Cofidis), Jan Bakelants (AG2R), Sergio Tu (Sunweb).

Nous avons choisi de passer la nuit au KADDA hôtel, un endroit dédié à l’accueil des cyclistes, avec un petit atelier, un endroit pour ranger votre vélo dans votre chambre, qui plus est très confortable, avec une vue sur l’Océan Pacifique. Un certain nombres de coureurs pros et de staffs de l’organisation ont décidé d’y séjourner également.

La nuit fût courte et agitée, l’importance de l’évènement sans doute. Il nous faut être à 5:00 au départ pour remettre nos sacs avec nos effets personnels à l’organisation qui les transférera à l’arrivée.
C’est à 3:00 que le réveil a sonné, laissant ainsi le temps de prendre le petit déjeuner mais surtout de réparer la crevaison lente du vélo de Florian, un petit coup d’adrénaline dont nous nous serions bien passé étant donné le timing plutôt serré du matin.

6:00, le départ est donné, l’atmosphère est faussement détendue. Déjà plus de 20°C au départ et 10°C attendu au sommet en fin de matinée, la météo est au rendez-vous avec un grand soleil annoncé toute la journée. Sur la ligne de départ, on essaie de se placer parmi les 100 premiers de de ce peloton de 800 coureurs, pour plusieurs raisons:

– pour limiter le risque de chutes et l’effet d’entonnoir sur les relances et freinages
– pour pouvoir réaliser ce vieux rêve de rouler au contact de coureurs professionnels en compétition.
– pour pouvoir prendre un groupe qui nous tirera le plus longtemps possible, sans faire de gros efforts, en restant dans les roues, groupe qu’il faudra lâcher avant la surchauffe

Les 18 premiers kms le long du Pacifique sont neutralisés, permettant à chacun de pouvoir s’échauffer et prendre ses marques.
L’approche du départ officiel laisse la pression se faire sentir, créant un effet d’accordéon immense dans le peloton à chaque freinage, tout le monde voulant venir se replacer à l’avant du groupe avant l’entrée dans les Gorges de Taroko. Après avoir passé le Taroko Bridge, nous tournons à gauche, faisant face à 3275m de dénivelé et délaissant définitivement le Pacifique. C’est ici que le chronométrage officiel commence.

La route nous conduisant dans les Gorges est incroyable, alternant entre zones d’ombres et ensoleillées, route humide et sèches, tunnels éclairés ou non.
La pente est douce, 3-4%, le revêtement est bon, le plus difficile reste à venir. Déjà nous distinguons le peloton des coureurs les plus endurcis qui s’échappe au loin, quelques courbes plus haut.
Lors de la reconnaissance, nous avions décidé de profiter des avantages du peloton ou de petits groupes pour arriver en bonnes conditions jusqu’à la zone appelée Tianxiang à 400m d’alt. Ici, les pourcentages deviennent plus sévères, 8%, peut être plus. Une fois ce village passé, ça se joue entre vos jambes et votre mental, il reste 75 km.

La moyenne a été supérieure à 30 km/h lors de la première demi-heure de course officielle. Florian est dans un grand jour, il s’envole.

Nous avons vu tellement de gars aller trop vite en première partie de course (sur estimant leur capacité ou sous estimant le reste de l’ascension) et pousser la machine par la suite (à pied!) dans les pentes les plus raides du final.
Notre “stratégie” consiste maintenant à rouler à son propre rythme, surtout, ne pas se laisser griser à suivre des gars plus costauds. La clefs du succès repose également sur l’hydratation et l’alimentation. Des zones de ravitaillements sont présentes tous les 10/15 km entre le km 45 et le km 90.

La forêt tropicale remplace les gorges et canyons, la température est agréable, le soleil nous accompagne.

Km 64 – 1500 m d’alt. En seulement 40 kms d’ascension nous atteindrons le sommet et ses 3275 m. Les pourcentages les plus difficiles approchent. Depuis quelques kilomètres déjà, chaque coureur roule en solitaire. Il n’y a plus de groupe. Les concurrents forment une interminable file. Chacun à son rythme.

Seul au milieu de la nature, l’esprit s’échappe pour dompter la difficulté, pour la tromper peut-être. Mais la douleur musculaire est là pour nous ramener à la réalité, un regard sur le chrono, une pensée pour l’objectif fixé: environ 5 heures.
A contrario l’esprit fait aussi le vide, savourant chaque moment, trompant le temps, conscient de la beauté de l’instant, le défi physique vous laisse suspendu dans l’espace.
Florian me dira par la suite qu’il a commencé à souffrir de crampes aux alentours du km 65. Avec son bon départ il pensait pouvoir passer sous les 4:30, mais les kilomètres passant et n’arrivant quasiment plus à se mettre en danseuse dans la dernière heure, il dut se rendre à l’évidence: l’objectif des 5 heures serait raisonnable pour aujourd’hui.

La végétation devient plus rare, la raréfaction de l’oxygène ne se fait pas ressentir, nous sommes à 2300 m d’alt.
Nous le savions, les 15 derniers kms sont de loin les plus pentus, des pourcentages allant de 15% à 27% par endroit et quelques zones de répit à 8%. 4 heures déjà que nous pédalons, ayant pour seuls arrêts les quelques ravitaillement où en quelques secondes nous faisons le plein pour les kilomètres à venir. Les quadriceps sont de plus en plus durs. 

« Le KOM vous apprend à considérer les 7-8% comme des moments de répit potentiel. »

 
Si proche, Si loin. Le dernier Km est le plus difficile.

Le dernier kilomètre est à lui seul une synthèse de ce que nous venons de vivre. Il vient conclure l’ascension la plus longue qui nous a été donné de réaliser, donnant un sentiment d’accomplissement et de fierté au moment de passer la ligne.

Florian a grimpé en 4h50, finissant 152 eme (dossard 152, clin d’oeil). Quant à moi, je termine en 5h09, 223 ème sur 576 finisher.

Le team Veymont Travel – Taiwan KOM Challenge Finisher 2018.
 

Merci à :
Mavy Cycling Club – Tous nos amis taïwanais – Trek Bike Taiwan – Taiwan

Rédaction : Romuald
Credits photos : Veymont Travel / ORA Dimension
Taiwan Cyclist Federation